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L'AMTUIR et le musée des Transports urbains

Chelles
L'AMTUIR et le musée des Transports urbains, Chelles
L'AMTUIR et le musée des Transports urbains
Datation
Inauguration : 1957

Il n'y a pas tellement longtemps que l'on s'intéresse officiellement en France à la préservation du patrimoine industriel et du patrimoine des transports urbains en particulier. L'initiative vint d'un groupe d'amateurs de transports qui se préoccupa, en 1953, de préserver une des rames de tramways parisiens, motrice L + attelage AsL, vendues par la STCRP au réseau de Rouen en 1937, et réformées cette année du fait de la suppression du réseau de tramways rouennais. Cette démarche ne put être menée à bien, ce qui fait que la plus répandue et la plus célèbre des voitures des tramways parisiens, conçue par la STCRP, n'est pas représentée dans le patrimoine historique des transports parisiens. Lorsque la décision de supprimer les tramways de Versailles est prise et doit être effective en mars 1957, ils jurent que cette fois il leur faut préserver une motrice de ces derniers tramways en Île-de-France. En février 1957, ils organisent un voyage sur les tramways versaillais, à bord d'une motrice spéciale, et au terminus de la ligne de Trianon, l'un d'eux lance le projet d'acheter une motrice comme première pièce d'un futur musée. La proposition est bien accueillie par les nombreux participants du voyage, qui versent leur obole : le prix à payer pour la motrice est de cent huit mille francs de l'époque, et il faut y ajouter le prix du transport. Jean Robert, dont le père était directeur au Métro, obtint de la RATP la mise à disposition d'une partie inoccupée du dépôt des autobus de Malakoff, pour recevoir cette motrice n° 1 de Versailles, avec la chance qu'il restait des voies de tramways dans cette partie du dépôt. La motrice n° 1, arriva en mars 1957 dans sa nouvelle résidence, avec l'inscription : “ Mes frères vont à la casse, moi je vais au musée. ” Détail symbolique : exactement vingt ans avant l'arrivée de cette motrice, première pièce du futur musée, les rames de la dernière ligne intramuros de tramways, la ligne 123/124, étaient venues se garer définitivement au même endroit avant d'être livrées au chalumeau des démolisseurs … L'achat de la motrice n° 1 de Versailles est le véritable acte de naissance de l'AMTUIR : association pour le Musée des Transports urbains, interurbains et ruraux, dont le président-fondateur est tout naturellement Jean Robert, historien des transports, plus particulièrement des transports parisiens, auteur d'ouvrages notamment sur l'histoire des tramways parisiens, et sur l'histoire du métro parisien.

En 1967, l'Association est déclarée d'utilité publique. Son musée recevra ultérieurement le statut de musée contrôle par la direction des Musées de France, et sa collection est inaliénable. Mars 1957 : la motrice n° 1 de Versailles, aujourd'hui plus de cent cinquante véhicules de toutes technologies : omnibus à chevaux, autobus, trolleybus, tramways à vapeur, à air comprimé, électriques, funiculaires et crémaillères, petits trains départementaux, de toutes origines géographiques de France, avec aussi quelques véhicules de l'étranger. La collection est de plus enrichie par le prêt par la RATP de voitures historiques du métro parisien, le patrimoine historique du métro ayant été constitué sur les conseils de Jean Robert. L'AMTUIR peut se prévaloir de posséder le seul tramway à air comprimé préservé au monde : la motrice Mékarski de Nantes, qui, mise en service en 1879, est encore capable de fonctionner si on l'alimente en air comprimé. À cette collection de véhicules, s'ajoute une collection de pièces détachées, d'équipements, d'installations, de maquettes, de plans, et une documentation et des archives importantes. La collection, à vocation nationale, est cependant fortement parisienne, car, très longtemps et encore maintenant de façon moins marquée, c'est Paris qui donnait le ton en matière de transports. L'AMTUIR possède une remarquable représentation des véhicules parisiens de surface hippomobiles et automobiles : la pièce la plus ancienne de la collection est un omnibus à deux chevaux de 1863 de Toulouse, mais construit sur le modèle unifié de la CGO de 1855, ce qui montre dans quels véhicules circulaient nos arrières grands-parents, puis un omnibus trente places à deux chevaux de 1889, restauré en 1992 grâce à la RATP. Le premier autobus parisien de 1905-1906, le Brillié-Schneider P2, a été reconstitué en partenariat RATP-AMTUIR, puis c'est le H Schneider, dont la RATP possède un second exemplaire, le PN Renault, premier autobus à plate-forme arrière surbaissée, préservé grâce la Régie des Usines Renault et restauré par la RATP. Puis ce sont les différents types d'autobus bien connus des Parisiens : TN4 A de 1931, devenu TN4 B, TN6 A de 1932, TN6 C de 1934 en version plate-forme ouverte et un exemplaire de la version fermée pour le service à un seul agent (TN6 C1 dit “ cage à poule ”) TN4 F de 1935, TN4 H et Panhard K 63 de 1936, OP 5 Somua-Panhard des années cinquante, Chausson APU, Chausson APVU, RU Vernet, Berliet PCMRE à impériale de 1968, SAVIEM SC 10, etc. La plupart des autobus parisiens de la collection et les exemplaires supplémentaires ont été donnés par la RATP. Les tramways parisiens ont été supprimés trop tôt, en 1937-1938, pour que l'AMTUIR ait pu en préserver les principaux types, notamment la motrice L de 1926. Les trois seuls représentants des tramways parisiens sont une motrice ex CGPT n° 579 récupérée à Hagondange en Lorraine où, avec une autre motrice n° 589, elle était utilisée pour le transport des ouvriers des usines sidérurgiques, et de deux remorques (attelage selon les normes CGO puis STCRP). La motrice 589 a été remise dans son état CGPT, et l'attelage As, ramené de Marseille a qui il avait été vendu, remis dans son état STCRP. Le second attelage, en mauvais état, est conservé en réserve. Enfin, une locomotive Blanc-Misseron, bi-cabine, des tramways des Deux-Sèvres, restaurée également par la RATP, de même type, mais à voie métrique, que celui des locomotives du Paris-Arpajon et du Paris-Saint-Germain, montre ce qu'était la traction vapeur en ville, car ces locomotives tractaient des trains de marchandises amenant aux halles centrales parisiennes les productions maraîchères des régions d'Arpajon, Marcoussis, Saint-Germain, en utilisant la nuit les voies des tramways.

Le musée, initialement situé à Malakoff, est installé depuis 1973 à Saint-Mandé dans un ancien dépôt d'autobus mis à la disposition de l'AMTUIR par la RATP. Il fonctionne uniquement par le travail bénévole des adhérents de l'AMTUIR. Cent six véhicules y sont présentés ; des salles d'exposition et des audiovisuels retracent l'histoire des transports de surface et du métro parisiens, des transports de province, de l'étranger. Une salle technique présente des moteurs, des équipements, des installations fixes, des pièces détachées. Chaque année une exposition à thème est organisée : en 1995, cent ans d'autobus parisiens ; en 1996, le renouveau du tramway en France. Après avoir été déplacé à Colombes-la-Garenne, le musée réouvrira ses portes en 2009 à Chelles.