Hôtel de ville
- Datation 1880 - 1886
Depuis le début du XIXe siècle, les diverses municipalités, à l'étroit dans une mairie ancienne et en mauvais état, ne cessent d'affirmer leur intention de construire un nouvel hôtel de ville mais, après plusieurs projets, place des Lices ou place de la Halle-aux-grains, ils butent sur les contraintes financières. Le maire Émile Burgault élabore un de ces projets en 1847, mais il faudra quarante ans pour qu'il parvienne enfin à en voir la réalisation. Dès sa nomination en 1878, il fait voter l'érection d'un hôtel de ville sur la place du Marché dans un souci tant fonctionnel que symbolique car, venant de gagner les élections contre les monarchistes, la nouvelle municipalité veut affirmer hautement le triomphe des idées républicaines, qui rassemblent alors la majorité des Français. Rien ne saurait donc être trop beau pour ce monument qui semble défier la chapelle du collège et la cathédrale qu'on aperçoit en face. Un soupçon d'anticléricalisme anime en effet les édiles, qui adoptent le 22 avril 1880 les plans et devis de l'architecte Charier pour un coût de 410 937 francs, soit presque le double du budget communal de l'époque. Le bâtiment, encadré par deux pavillons, s'inspire d'hôtels de ville construits à la même époque dans le style de la Renaissance italienne. Sa façade principale s'orne d'un frontispice comportant une horloge, ' République Française ', et, au fronton, le blason de la ville : un grand campanile à carillon le surmonte, rappel du beffroi d'autrefois. La façade est particulièrement travaillée : grands pilastres des pavillons et colonnes engagées, à chapiteaux corinthiens, frontons alternativement triangulaires et cintrés, cartouches et bustes, supports du frontispice, volutes. Charier s'est flatté d'avoir fait appel à quatre-vingt-cinq entrepreneurs industriels ou artistes. L'édifice est inauguré fastueusement par le ministre des Postes en 1886, mais il coûte plus de 800 000 francs. Ces dépenses sont une des raisons de la victoire des monarchistes aux municipales de 1888. Peu sensibles à la valeur artistique de la nouvelle mairie, ils avaient dénoncé ' la folie Burgault ', mais, en réalité, c'était bien le symbole de la République qu'ils avaient visé.